Comment exercer sa citoyenneté en Israël dans le contexte actuel ? Elizabeth Garreault, franco-israélienne, diplômée en science politique, témoigne depuis Jérusalem de sa vision de la situation. Membre du parti Meretz, elle propose, pour tenter de répondre à cette question, de retracer l’histoire de la protestation qui se poursuit jusqu’à présent en Israël et de mettre à jour la complexité du conflit qui sévit en ce moment entre ce pays et le Hamas.

Une brève histoire de la protestation – de Balfour à Kaplan.

En pleine pandémie due à la Covid, dans l’après-midi du 2 juin 2020, quelques manifestants, émus par l’assassinat de George Floyd, se réunissent devant l’ambassade américaine de Tel Aviv. Dans la soirée, certains d’entre eux rejoignent les protestataires qui, à Jérusalem, se sont regroupés sur la place de Paris qui fait office de parvis devant la résidence officielle du Premier ministre située rue Balfour. Le but de ce rassemblement est de dénoncer les violences policières qui ont causé quelques jours plus tôt la mort de Eyad al-Hallaq, un jeune Palestinien autiste résidant dans la vieille ville. Les manifestants qui appartiennent essentiellement à des groupuscules d’extrême gauche, des associations de coexistence et, parmi eux, de simples citoyens, combattent depuis des décennies l’Occupation. Ils vont égrainer la liste de tous les handicapés physiques ou mentaux abattus pour avoir eu le seul tort de ne pas comprendre les sommations de la police. Ces contestataires ignorent encore qu’ils viennent d’écrire la première page de la protestation la plus longue de l’histoire d’Israël.

Semaine après semaine, pendant quinze mois, ils se compteront par centaines de milliers, ceux qui se retrouveront à Balfour chaque samedi soir, se regrouperont sur les places principales, les carrefours et les ponts de toutes les villes et routes d’Israël. Ils braveront l’hostilité de leurs détracteurs et la violence des forces de l’ordre. Prenant surtout prétexte de la pandémie, les dirigeants au pouvoir essayeront par tous les moyens d’interdire les manifestations malgré les décisions successives de la Cour suprême qui reconnaît leur légalité. 
Les protestataires de la première heure seront toujours présents avec leurs banderoles et leur immense drapeau rouge mais leurs mots d’ordre sont vus comme dérangeants et contre-productifs par ceux qui se joindront à eux et qui cherchent à rallier les Israéliens qui considèrent que le Premier ministre Benyamin Netanyahou, inculpé pour corruption, fraude et abus de confiance, est indigne de gouverner le pays.

Le gouvernement finira par tomber et c’est une coalition de droite et centre-droit, extrêmement fragile, qui va diriger Israël pendant un an et demi, mettant fin aux manifestations. Le 29 décembre 2022, Netanyahou revient au pouvoir et forme avec les partis d’extrême droite et les ultra-orthodoxes, le gouvernement le plus à droite que le pays ait connu. Le Premier ministre, comme à son habitude, met en avant son image de « Monsieur sécurité ». L’économie est au beau fixe autant que l’image de marque du pays qui enregistre depuis plusieurs années de beaux succès dans les domaines culturels, scientifiques et surtout diplomatiques. Alors, qu’importent les inégalités qui placent Israël en troisième position des pays de l’OCDE qui connaissent le plus fort taux de pauvreté. Netanyahou sait que la plupart des défavorisés forment la base la plus fidèle de son électorat. D’immenses affiches de campagne le montrent serrant la main de Vladimir Poutine avec un slogan adressé à ses concurrents : « Netanyahou joue dans une autre ligue ».

La nouvelle coalition n’a qu’une priorité : obtenir un pouvoir illimité et pour cela, mettre en place une réforme judiciaire qui fera basculer Israël dans le camp des démocraties illibérales.
Les manifestations reprennent. Si elles ont encore lieu à Jérusalem, mais cette fois devant la maison du Président d’Israël, les protestataires ont préféré se réunir à Tel Aviv sur la grande artère nommée Kaplan. L’heure est grave, c’est l’identité du pays qui est en jeu. Les Israéliens, plus divisés que jamais, comprennent que, désormais, ce sont deux visions du sionisme qui s’opposent, l’une fidèle aux pères fondateurs qui souhaitaient créer un État démocratique, moderne, laïque, refuge pour tous les Juifs persécutés et l’autre, celle des nationalistes religieux qui rêvent du grand Israël promis dans la Bible, une sorte de théocratie messianique, raciste, fasciste, homophobe, misogyne et rétrograde. Encore une fois, la Cour Suprême va donner raison au camp libéral en invalidant les lois votées par la Knesset qui entérinaient le coup d’État judicaire.

Hélas, le samedi 7 octobre au matin, les Israéliens se réveillent tétanisés par la violence soudaine de l’invasion du Hamas depuis la bande de Gaza.  Au fur et à mesure des jours qui passent, ils apprennent l’ampleur des massacres et les horreurs qui vont les traumatiser. Ils savent que l’heure n’est plus à la protestation, mais à la guerre parce qu’ils n’ont pas d’autre choix que de mettre définitivement le Hamas hors d’état de nuire.
En état de sidération, le gouvernement ne fonctionne plus. Netanyahou ne communique pas pendant plusieurs jours et les ministres qui tentent de rencontrer les premières victimes survivantes des pogroms, sont rabroués par l’entourage de ces dernières, le corps médical qui prend soin d’elles et des soldats qui les accusent d’être les responsables du désastre. Les Israéliens, dans leur grande majorité, ont la confirmation que leur Premier ministre est un dirigeant populiste qui est non seulement incompétent mais aussi qu’il a nommé à des postes clés des hommes recrutés davantage en fonction de leur loyauté que de leurs compétences.

C’est la société civile toute entière, minorités religieuses comprises, qui va se mobiliser spontanément les premiers jours pour répondre aux appels au secours des survivants et les premières semaines pour essayer de satisfaire les immenses besoins des habitants sinistrés puis ceux des 350 000 réservistes que l’armée va mobiliser ainsi que ceux des 200 000 résidents proches de la frontière libanaise au nord et près de Gaza au sud, qui, pour des raisons sécuritaires, vont être réinstallés en urgence dans le centre du pays. Les semaines et les mois passent. En plus de l’impérieuse nécessité d’être unis devant le danger et le malheur, il existe un consensus tacite au sein de la population : on n’appelle pas à la démission de celui qui dirige l’effort de guerre ni à celle de son équipe.

Pourtant, en décembre 2023, les manifestations reprennent et sont toujours en cours aujourd’hui. Le mot d’ordre reste le même : le départ de Netanyahou auquel il faut ajouter, à cause des révélations que relaient les médias, celui de tous les responsables qui n’ont pas su anticiper la catastrophe du 7 octobre alors qu’ils avaient été prévenus.

Bien que qualifiés de « gauchistes » par le gouvernement qui considère que sont de gauche tous ceux qui s’opposent à Netanyahou, les manifestants appartiennent à tous les partis qui s’opposent à la coalition en place. Ils se reconnaissent autant dans une extrême droite non religieuse et non messianique et parfois bien plus sécuritaire que celle qui est au pouvoir qu’à la gauche et l’extrême gauche. Les plus nombreux se prétendent au centre, avec une idéologie assez floue (le président Mitterrand ne qualifiait-il pas le centre de « partie molle de la droite ? ») et ils seraient prêts à s’accommoder de n’importe quelle coalition, du moment qu’elle ne soit pas celle qui gouverne actuellement.

À lire les sondages d’opinion, la majorité des Israéliens éprouvent de la colère et du mépris envers le chef du gouvernement qui, à aucun moment, n’a assumé ses erreurs et ils sont aujourd’hui 70 % à souhaiter sa démission. D’autant que Netanyahou ne se contente pas de rejeter la responsabilité de la catastrophe sur l’armée et les renseignements qui y ont toute leur part, il affirme de surcroît que tout est de la faute des manifestants gauchistes et anarchistes et des réservistes qui en menaçant de ne plus se rendre à leur base par refus de servir la dictature qu’il souhaitait instaurer, ont fragilisé le pays. Plus grave, ce sont les familles des otages et leurs soutiens qu’il accuse d’être de mauvais patriotes qui ne pensent qu’à leur intérêt personnel alors que l’intérêt suprême de la nation est de gagner la guerre en éradiquant le Hamas. Netanyahou n’admettra jamais que c’est lui qui, pendant des années, a élaboré la stratégie de renforcer le Hamas en affaiblissant l’Autorité palestinienne afin que la création d’un État palestinien ne soit jamais possible.

« Israël est en train de perdre la guerre car il ne parvient pas à concevoir une sortie politique de cette guerre. » Elie Barnavi

Si la guerre est un moyen militaire pour atteindre des objectifs politiques, la pratique de la loi du talion n’a jamais atteint aucun objectif politique, surtout quand elle est appliquée par une coalition dont certains de ses membres ne se considèrent pas comme des Israéliens appartenant à la communauté des nations démocratiques mais s’identifient aux Hébreux de la Bible qui n’hésitaient pas à massacrer des villes entières pour conquérir la Terre promise. Plus les semaines passent, plus les Israéliens se rendent compte que raser Gaza n’est pas une solution stratégique parce que les tunnels sont très peu touchés et que la poursuite des hostilités ne peut s’expliquer que par le désir de vengeance.

Le gouvernement n’a aucune vision pour l’avenir, ni projet, ni programme, il est incapable de donner le moindre plan pour « le jour d’après », convaincu que les riches pays arabes prendront en charge la reconstruction de Gaza. Il se garde bien de préciser que cette reconstruction ne se fera qu’à deux conditions : que l’Autorité palestinienne reprenne le contrôle de Gaza (encore faut-il que le Hamas ne soit pas élu au pouvoir en Cisjordanie !) et qu’Israël accepte la création d’un État palestinien.

Après plusieurs mois de guerre, le Hamas n’a toujours pas été éliminé et tous les otages ne sont pas rentrés alors qu’il s’agissait des deux engagements qu’avait pris Netanyahou et qui justifiaient l’intervention à Gaza. Pour ses opposants, sauver les otages est devenu la priorité absolue parce qu’ils savent qu’il n’atteindra aucun de ces deux objectifs en même temps : ramener les otages et obtenir la reddition du Hamas. L’enlisement à Gaza est le pire cauchemar des Israéliens qui ne mesurent le succès des opérations militaires qu’à l’aune du nombre de morts parmi les soldats. C’est ce qui explique les bombardements aériens massifs sur Gaza avant d’engager les forces terrestres, sans se préoccuper du nombre des victimes civiles gazaouies qui se comptent en dizaines de milliers. La guerre qui se prolonge a déjà fait trop de victimes parmi les forces combattantes et on dénombre plus de 600 morts et des milliers de blessés graves dans leurs rangs.

Les manifestants sont redescendus dans la rue parce qu’ils sont persuadés que leur Premier ministre est indifférent à leur sort, à celui des familles endeuillées et de celles des otages et aux réfugiés de l’intérieur. Il ne s’occupe que de sa propre survie politique et judiciaire et a intérêt à faire traîner la guerre en longueur sachant qu’une majorité d’Israéliens ne souhaitent des élections anticipées qu’une fois que les canons se seront tus. Bien que freiné par l’allié américain qui est allé jusqu’à donner l’ordre au groupe aéronaval du porte-avions Gérald Ford, le plus gros navire de guerre du monde, de se rapprocher du Liban afin d’éviter une conflagration régionale, on comprend mieux l’envie du chef du gouvernement d’en découdre avec le Hezbollah sans rechercher un accord qui permettrait aux dizaines de milliers de résidents du nord du pays de pouvoir rentrer sans craindre la menace des missiles chiites pointés sur eux. L’Iran qui se nucléarise est aussi dans le collimateur du cabinet de guerre. Quant aux pyromanes de l’extrême droite au pouvoir, ils n’espèrent qu’une chose : un embrasement en Cisjordanie, qu’ils attisent en surarmant des colons de plus en plus violents et criminels, qui s’étendrait aux arabes israéliens et qui finirait en apothéose par une guerre civile. La guerre à outrance est théorisée par eux comme le prélude du combat cosmologique entre le bien et le mal : la guerre de Gog et Magog qui annoncera la venue du Messie et la fin des temps.

Parce que ça n’est jamais le bon moment.

À l’exception de quelques articles de journalistes et d’intellectuels et de reportages sur le sujet, rares sont les Israéliens de la rue qui osent exprimer leur compassion pour la population de Gaza quand ils en éprouvent. Beaucoup pratiquent l’autocensure par peur de passer pour des traîtres ou de se voir reprocher de ne pas soutenir suffisamment les soldats sur le front, même quand ils commettent des exactions, parce qu’ils sont les enfants de la nation prêts à sacrifier leur vie pour les défendre. S’ils admettent que Netanyahou a provoqué un désastre humanitaire à Gaza, la majorité ne peut pas oublier les atrocités du 7 octobre et les scènes de liesse des habitants de Gaza quand les terroristes ramenaient les otages après avoir massacré atrocement des civils pacifistes.

Depuis six mois, les chaînes de télévisions du pays ne diffusent pratiquement pas d’images sur la situation des civils gazaouis. Les Israéliens ont intégré comme une fatalité le fait que les messages de sympathie et de soutien qui ont afflué du monde entier les premiers jours ne seraient que temporaires. Ils savaient qu’avec une densité de population de 5533 habitants au km², le coût humain payé par celles qu’on nomme abstraitement les « victimes collatérales », pour mieux se déculpabiliser, serait monstrueux. L’existence sous Gaza d’un réseau d’au moins 700 kilomètres de tunnels leur a permis de rejeter la responsabilité sur le Hamas qui en interdit l’accès à la population qui ne peut donc pas se protéger des bombardements et dont les dirigeants ne se gênent pas pour expliquer leur stratégie : plus il y aura de victimes et plus les opinions publiques mondiales condamneront Israël jusqu’à en faire un État paria après l’avoir accusé d’être génocidaire.

La guerre qui se déroule actuellement à Gaza est l’expression la plus atroce de ce qui finit par se produire quand on laisse aux plus extrémistes des belligérants le pouvoir de régler le conflit qui les oppose.

Contrairement à la Cisjordanie et à Jérusalem-Est, la bande de Gaza n’était plus un territoire occupé militairement en 2005. Massacrer sur le territoire d’Israël des civils sans défense n’a été que le point d’orgue d’une longue série d’attentats, d’enlèvements et d’attaques en bombardant avec des roquettes les populations vivant à la lisière de la bande de Gaza qui s’est intensifiée avec la prise du pouvoir par le Hamas en 2007. Pour calmer leur propre opinion publique exaspérée et tenter de rassurer les habitants du sud, les gouvernants successifs d’Israël ont riposté militairement trois fois : en 2008, 2012 et 2014. Ils ont imposé, au fil des années, un blocus toujours plus drastique et un contrôle effectif de plus en plus contraignant, même en l’absence de forces armées à l’intérieur de la bande. Pour ces raisons, bien que les experts juridiques s’affrontent sur la définition, de nombreuses institutions et organisations internationales considèrent Gaza comme un territoire encore occupé.

Si certains opposants à la coalition au pouvoir n’ont jamais été indifférents au problème de l’occupation, à l’injustice et au sort faits aux Palestiniens des Territoires occupés depuis 1967, ils ont considéré, dans leur immense majorité, qu’il ne s’agissait pas d’un sujet prioritaire.

Que ce soit factuellement exact ou contestable, la droite au pouvoir n’a eu de cesse de répéter que la paix est impossible parce que les Palestiniens ont rejeté tous les plans de paix depuis 1947, date de la proposition du Plan de partage de la Palestine mandatée par l’ONU en un État juif d’une part et un État arabe de l’autre. Son leitmotiv a toujours été : « Nous sommes sortis du Liban et nous avons désormais, au nord, le Hezbollah qui détient 200 000 missiles de toutes portées, des batteries antiaériennes et des drones. Nous avons rapatrié notre armée et démantelé toutes nos colonies dans la bande de Gaza en 2005 et c’est le Hamas qui en a pris le contrôle et a tiré depuis 2007 et jusqu’à aujourd’hui, 17 000 roquettes sur les agglomérations du sud d’Israël faisant de la vie des résidents un cauchemar. Nous avons signé les accords d’Oslo et nous avons eu la seconde Intifada et depuis, les attentats n’ont jamais cessé. Nous ne pouvons que nous défendre en essayant de gérer le conflit ». 

Le 7 octobre, le message du Hamas était clair. Celui du Hezbollah est identique. Il suffit de lire leur Charte qui énonce son objectif d’éradiquer non seulement les Israéliens, mais tous les Juifs sur terre. Le slogan d’une Palestine reconquise de la rivière (du Jourdain) à la mer (Méditerranée) ne souffre pas de nuances quant à la volonté exprimée de rayer Israël de la carte. Ce constat n’est pas que l’apanage de la droite qui s’en sert pour justifier la poursuite de la colonisation, il est aussi celui du centre et y compris d’une partie de la gauche. En interrompant toute négociation avec l’Autorité palestinienne depuis 2014, Israël a renoncé à faire la paix alors qu’il maintient depuis des décennies des millions de Palestiniens sous occupation.

Plus grave, les Israéliens ont voulu croire à l’idée martelée dans les médias par les dirigeants et les commentateurs politiques qu’en signant les accords d’Abraham, les pays arabes sunnites signataires, aujourd’hui très satisfaits qu’Israël fasse le travail à leur place en voulant éliminer le Hamas qu’ils détestent, ne conditionnaient plus la normalisation des relations avec Israël à la fin de l’occupation et que la question palestinienne était devenue marginale. Or, mettre en priorité leur besoin de sécurité en pensant que les États-Unis et Israël pourraient la leur garantir face aux intentions belliqueuses de l’Iran chiite n’a pas fait disparaître le problème palestinien.

Depuis trop d’années, les Israéliens se sont contentés de ce qu’ils appelaient « le statu quo ». En Cisjordanie, les accords d’Oslo sont encore en vigueur. Il n’empêche qu’hormis les zones administrées par l’Autorité palestinienne, 2,8 millions Palestiniens vivent sous un régime d’apartheid. Gaza, du moins ce qu’il en reste aujourd’hui, était une immense prison à ciel ouvert. Israël a eu beau jeu de dire qu’à chaque fois que les Palestiniens se tenaient tranquilles, il n’y avait aucune raison de tenter quoi que ce soit pour renouer le dialogue et  que l’on pouvait continuer impunément à annexer et construire des colonies et lorsque les Palestiniens se révoltaient, ce n’était que la preuve évidente qu’il n’y avait pas de partenaires pour faire la paix.

 
Tenter d’expliquer la façon dont les Israéliens perçoivent la guerre qui les oppose au Hamas ne les exonère pas de leur attentisme, ni des erreurs stratégiques qu’ont commises les gouvernants qu’ils se sont choisis, ni du cynisme de ces derniers et encore moins d’avoir infligé intentionnellement un désastre humanitaire à la population de Gaza. De même, ce sont les Gazaouis qui ont porté au pouvoir le Hamas après des élections libres. Ce mouvement fondamentaliste islamiste a réussi à s’installer en étant, les premières années, un grand pourvoyeur de services sociaux et d’organismes de bienfaisance – écoles et hôpitaux, tandis que l’Autorité palestinienne était gangrenée par la corruption. Aujourd’hui, la branche armée du Hamas terrorise et rackette la population, la condamnant à une extrême pauvreté, persécute ses opposants, les femmes et les homosexuels.

Parce qu’il est naturel d’apporter instinctivement son soutien au plus faible, les plus extrémistes des partisans de la cause palestinienne vont jusqu’à excuser ou justifier les crimes du Hamas. Israël, perçu comme une superpuissance militaire, est jugé sévèrement par les opinions publiques occidentales. Cependant, les manifestants israéliens n’ont pas de points communs avec les étudiants et les intellectuels qui protestent sur les campus américains, les gens qui défilent dans les capitales européennes et les partis politiques qui soutiennent inconditionnellement Gaza. Mais, force est de constater qu’en plus des revendications appelant au départ de Netanyahou et à la protection de la démocratie et de l’État de droit, la guerre les contraint, eux et par extension, tous les Israéliens, à s’interroger sur ce qu’ils sont en train de devenir. Quand on affirme être la seule véritable démocratie de la région et que l’on prétend posséder « l’armée la plus morale du monde », il est de son devoir, comme le rappelle l’historien Yuval Noah Harari : « de respecter les lois internationales, de protéger les droits humains fondamentaux et de s’appliquer à soi-même les normes morales universelles. » Aujourd’hui en Israël, et le mérite en revient aussi aux manifestants, de plus en plus nombreux sont ceux qui considèrent qu’une fois les otages rentrés, le Hamas est désormais suffisamment affaibli pour qu’il soit possible d’accéder à sa demande d’un cessez-le-feu.
Le retour au calme dans la région permettrait de raviver la seule lueur d’espoir qui elle, se trouve aux États-Unis, au sein de l’Union européenne et dans les pays arabes qui pourront imposer ensemble un plan de paix entre Israéliens et Palestiniens sachant que la résolution définitive du conflit ne pourra advenir que grâce à la création d’un État palestinien à condition qu’il reconnaisse à Israël son droit à l’existence.

Elizabeth Garreault

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